Bas les masques!

Il est doux et nécessaire de cultiver son surmoi pour vivre avec les autres, cela peut même être amusant mais n’est-ce pas folie quand il s’éloigne du moi et devient un véritable masque, prêt à tomber au moindre manquement dans ce permanent jeu d’acteur ? Pour les spectateurs, comme pour l’acteur, la chute peut alors être mortelle qui laisse dans l’atmosphère la seule trace de la trahison….or si tout est faux, à quoi bon ?

Autant vivre sur Facebook directement, le monde des surmoi par excellence et par définition. Chacun n’y montre, il est vrai, que ce qu’il espère être à partir de ses meilleurs moments. Mais laissons de côté pour le moment le cas d’images mensongères. Si ces moments renvoient à un vécu, l’image voisine alors avec une certaine réalité, partielle, mais indéniable. Cette réalité partielle bien choisie et souvent en toute sincérité, est alors bel et bien l’image que l’on espère renvoyer de soi. C’est là une évidence, tout le monde sait, tout le monde le fait. Le propos n’est pas de feindre de découvrir une évidence mais d’en comprendre un peu les ressorts. J’avais dit que je ne philosopherais ni n’analyserais trop sur ce blog et le sujet est au fond assez simple pour m’éviter cette austérité.

En toute légèreté donc, je suis simplement émue de nos désirs de montrer le meilleur de nous-mêmes au plus grand nombre. C’est déjà le cas en société, dans le monde réel, où c’est le principe à la fois protecteur et reliant du surmoi. Exister en société passe par la capacité à être reconnu par autrui selon des critères qui donneront à autrui l’envie de pérenniser cette reconnaissance. Montrons donc nos qualités, nos forces, tout ce qui nous installe durablement dans le monde. Facebook prolonge l’exercice jusqu’à l’intime, jusqu’au suivi heure par heure de nos faits et gestes (pour ceux qui le veulent bien) et comme il  n’autorise qu’à aimer, raison de plus pour sélectionner ces faits et gestes dans l’assurance de démultiplier les «j’aime » si satisfaisants pour les ego en quête de reconnaissance.

Il est temps de revenir au mensonge : celui-ci survient alors qui n’est pas tant le mensonge de quiconque se montre à outrance sous son meilleur jour mais plutôt celui du monde Facebook lui-même…ne pouvant que dire « j’aime » ou ne rien dire, voire parfois pousser le commentaire dans les limites bien nettes d’une critique assez feutrée, le monde Facebook qui ne dit pas « J’aime » alors que la pose était si parfaitement calculée, est un monde qui ne dit rien mais sous-entend mille autres choses ; un monde qui suggère toutes ces attaques disponibles sur l’incommensurable palette humaine de la désapprobation, allant de la plus sobre à la plus ironique. Mais personne ne se prononce; seul le faible nombre de « j’aime » transmet, par son silence, le pire des mépris.

Ainsi, à vouloir amplifier son existence par la mise en relief de morceaux trop savamment choisis ou surabondamment choisis, voire totalement construits pour l’occasion, prend-on, dans le meilleur des cas, le risque réel du ridicule, ou pour le pire, celui du bannissement muet. Si l’auteur de ces lignes récolte toujours un nombre appréciable de ces petits pouces relevés, il n’en est pas dupe pour autant et sait bien que cela n’exprime rien d’autre qu’une bonne maîtrise de son image et finalement une bonne maîtrise de soi. Il n’ y a là aucune vanité à ironiser sur le sort des laissés-pour-compte du réseau social malgré tous leurs efforts…seulement une sincère compassion, un regard lucide sur le monde de l’image et peut-être même un hommage à ce qui demeure malgré tout un trait de l’intelligence humaine, quels qu’en soient les modes de communication : l’authenticité séduit plus que l’artifice.

C’est sans doute ici que le réseau de la mise en scène des surmoi joue sa mission sociale : sans l’expliciter, il induit une norme collective selon laquelle on ne fera qu’aimer, certes, mais on n’aimera pas la pose forcée, l’exagération, la justification, le détournement de soi qui n’a plus rien à voir avec un surmoi nécessaire et qui rejoint plutôt très visiblement le masque. Le piège de l’image se referme alors sur le tricheur car l’image, précisément, ne sait pas tricher. A trop vouloir poser et feindre le bonheur, on ne montre qu’un masque. Or Facebook non plus n’aime pas les masques vaniteux mais, à la différence du reste du monde, il ne le dit pas; son mutisme est cependant plus violent que toutes les critiques ouvertes du reste du monde.

C’est peut-être d’ailleurs parce qu’il laisse malgré tout aux vaniteux masqués la possibilité de s’exposer que les plus jeunes, toujours avides d’authenticité, le trouvent déjà ringard.

Publié dans : Image | le 11 janvier, 2016 |Commentaires fermés

Racines

Paris où je suis née une seconde fois dans la douleur un jour de septembre 1991, sous un ciel bas et lourd, je t’aime. Oppressant et terrifiant couvercle d’une agitation sans fin, l’opacité impénétrable de ta chape nuageuse laissait désemparée mon âme bercée depuis toujours par le doux et puissant soleil du midi.

C’est lui qui depuis l’enfance avait exalté mon amour de chaque chose, éclairé et façonné mes émotions comme mes réflexions. Comment les retrouver pour ce qu’elles avaient d’ineffable, d’authentique, de plus intime, à présent sans attache, sans ce catalyseur de lumière auquel mon esprit volontiers romanesque avait voué un culte païen, secret et salutaire ?

Vierge éperdue dans ta jungle froide, j’ai entendu pourtant, à force de frapper ton sol de mes petits pas incertains mais pressés, ta respiration profonde et immémoriale. Elle m’a rouvert les yeux. Mon cœur y a trouvé son rythme.

Le cordon s’est alors assoupli et je fus à la fois fille et mère. Je me mis à aimer ton soleil, tes cieux mystérieux et ta promesse d’élévation, j’appris à aimer plus loin, plus grand, autrement, à découvrir mes propres ressources. Etait-ce cela grandir ? 

Publié dans : Lumière | le 5 janvier, 2016 |Commentaires fermés

La petite fille

Tara pédale à vive allure sur la petite route départementale qui la ramène vers son village. Elle lâche le guidon dans l’envolée d’un rire cristallin qui résonne au rythme des ondulations de ses ailes invisibles.

Elle est libre, elle est heureuse, elle respire à pleins poumons cet air pur tombé d’un ciel bleu azur, inondé encore d’un doux soleil de fin d’après-midi. C’est l’été de ses dix ans.

Elle se sent toute puissante de détenir le secret d’un bonheur qu’elle a appris à apprivoiser, seule et un peu aussi grâce aux livres, depuis sa plus tendre enfance. Comme la beauté souveraine de la nature qui l’entoure, elle est simplement là. Elle rayonne de ce doux bonheur d’être soi, de puiser sans hésiter dans ses forces vitales et de partager ses trouvailles sans orgueil avec ceux qu’elle aime mais sans dépendre d’eux, sans rien attendre, en donnant tout sans même y songer. Elle est la joie.

Elle ne sait pas encore que la vie est un chemin semé d’embûches, elle n’y voit que les fontaines chantantes, les oiseaux rieurs et le maquis parfumé. Elle aime tout et tout semble l’aimer. Exaltée par ce sentiment total de vivre toujours à la place qui est la sienne, elle rit.

Elle a raison et Rousseau, contre elle, a raison aussi même s’il y a quelque chose d’irréversible chez lui, dans cette pensée trop penchée vers la tristesse : les passions négatives existent qui s’amplifient au contact du monde mais il est pourtant possible de les ignorer. May the force be with you. Tout est dit, merci Star Wars, je repars à la mine !

Publié dans : Lumière | le 5 janvier, 2016 |Commentaires fermés

Dancing eagle queen

Danser avec le diable, c’est résolument rock, un jeu troublant et amusant…à condition de tenir en équilibre entre duperie et ivresse consciente. J’aime ce dernier état. Je n’ai jamais compris ceux qui sombrent dans l’ivresse de l’oubli total, j’aime qu’une trace demeure en moi de la légèreté ressentie, celle qui transporte au loin, cet instant où tu as l’impression d’être un oiseau ; j’imagine alors l’oiseau comme un aigle ; je ne sais pas dire aigle au féminin mais ce serait mieux adapté à mon idée. Je suis une aigle. Je viens de réaliser qu’en fait c’est le même mot et c’est dommage.

Peu importe, ce soir, je préfère danser plutôt qu’écrire. Avec ou sans diable, la danse est une autre manière d’éprouver la sensation d’être là au diapason d’un rythme extérieur. Toujours ce lien si beau. Vivre est une esthétique de l’être.

A la fin de la nuit, au terme de ma nuit, la danse m’a conduite au matin du monde. Et j’ai bien vu que le diable n’existait pas car c’est moi qui menais le bal.

Publié dans : Danse | le 5 janvier, 2016 |Commentaires fermés

Réveil, lumière, la vie!

Il y avait ici quelque chose de frais et d’enveloppant à la fois, comme au bord d’un lac de haute montagne au soleil couchant.

Quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis longtemps, cette sensation d’être vraiment là, l’esprit et le corps ancrés dans le paysage, la terre qui vous retient par les pieds, l’air légèrement vif qui vous aspire vers le ciel et les yeux rivés sur la beauté, pétrifiés par une force douce que le cœur conquis d’avance a déjà acceptée, sans lutter.

Je mis donc un certain temps à percevoir distinctement ce son, discret d’abord, omniprésent ensuite, qui m’éloignait de la torpeur où je m’étais égarée. Je sentis que j’ouvris les yeux et le doux regard de mon père posé sur moi avec ce mélange exquis d’absolue bienveillance et de tendresse amusée, me rappela à quel point j’étais heureuse de ma victoire.

Cette sensation d’être à sa place après avoir combattu ses derniers démons me renvoyait à mon enfance, seule jeunesse éternelle dont j’avais à présent le secret.

Publié dans : Lumière | le 4 janvier, 2016 |Commentaires fermés

Un mot de bienvenue…

Bienvenue sur mon blog! 

Je dois l’avouer, c’est étrange de dire « mon blog »…je trouve que cela renvoie à une certaine prétention à pouvoir intéresser tout le monde avec son petit monde à soi. C’est sans doute un peu vrai ; aller vers les autres, c’est en effet, me semble-t-il, prendre le risque d’être perçu comme voulant s’imposer à eux. Voilà pour le verre à moitié vide. Mon état d’esprit est à l’exact opposé : au risque de passer pour naïve, je demeure une adepte du verre à moitié plein!

Aussi, une fois dépassée cette crainte égocentrique inspirée par la perspective d’exposer « mon » blog, mon moi, mon « je » même, puisque je parlerai souvent à la première personne du singulier, j’embrasse avec une joie sincère l’idée non pas de m’imposer, mais de m’exposer pour me proposer…dès lors, ce n’est déjà plus moi que j’offre mais une relation nouvelle à celui qui se laisse porter par la lecture. Je crois que toutes nos relations aux autres nous animent mutuellement et écrire n’est jamais rien d’autre qu’une mise en relation, irréductiblement et ultimement, quand bien même ce serait mille autres choses selon l’intention de l’auteur. Seule cette mise en relation compte pour moi aujourd’hui, c’est pourquoi il m’importe de garder l’anonymat et de ne pas céder à une vaniteuse promotion de soi dans ce simple blog d’écriture.

Du reste, réjouissez-vous, lecteurs, cette relation asymétrique vous est favorable car celui qui écrit ne reçoit rien d’autre que l’espoir toujours incertain de transmettre alors que vous recevez concrètement des phrases, dans toute leur potentialité ; si vous prenez le risque d’être déçus, l’auteur, lui, prend le risque du vide….Celui-ci est cependant si beau dans son incertitude même, porteuse de tous les rêves et de toutes les rencontres. Je viens donc à votre rencontre dans l’espoir de vous transmettre quelque message emprunt de lumière, de douceur, de joie ou d’un nouvel horizon, dans l’espoir au fond que vous ressentirez ce que je dis, que notre vibration asynchrone donnera ou dévoilera un sens commun à nos vies. Ce sens commun puise dans notre unicité propre pour nous relier à celle de l’autre par une précieuse et fragile harmonie, apaisante ou exaltante, entre soi et le monde… »car le sujet de la littérature a toujours été l’homme dans le monde » comme l’a bien mieux observé Sartre.

Eblouie par la philosophie, je ne philosopherai pourtant que peu. Mon écriture ici se veut plus libre que raisonnante. La philosophie me fascine en effet par l’hommage qu’elle rend à l’esprit humain, à la manière des mathématiques qui le font à partir d’objets différents; interprétables et modifiables pour la première, les objets des secondes sont logiquement donnés une fois pour toutes. Cet hommage commun qu’elles rendent toutes deux à l’esprit humain est cependant bien réjouissant tant il rappelle que l’esprit peut construire de solides organisations, efficaces et opérantes, capables de corriger aussi leurs erreurs une fois mises à l’épreuve du réel…bref, ces deux racines de la science et du savoir fascinent et rassurent à raison : oui, l’homme est capable du meilleur ; autrement dit, il peut construire et pas uniquement détruire. Mais je m’en tiens ici à ces banalités simples afin de délimiter sans faux-semblant mon espace d’écriture : celui-ci ne loge pas dans la grandeur de l’esprit humain comme la philosophie ou les mathématiques mais plutôt dans sa délicieuse faiblesse : celle qui, le faisant douter, le rend capable d’apprécier la vie comme un lien ressenti au monde.

Ainsi, pour moi, la littérature est-elle d’abord l’expression d’une sensation, avant même d’être celle d’un sentiment. Elle est même l’un des décodeurs subjectifs de nos sensations – l’art en offre d’autres - et quand celui-ci est en marche, l’intersubjectivité peut naître, ou encore cette mise en relation évoquée tout-à-l’heure. 

Ecrire, c’est un peu dire le commencement de notre commun rapport au monde. Et cela me divertit autant que ça me nourrit. Suivez-moi!

Publié dans : Bienvenue | le 4 janvier, 2016 |Commentaires fermés

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